Ton taux horaire, le vrai
La plupart des artisans facturent le taux horaire pratiqué dans le coin. C'est un repère utile quand on démarre, et une façon lente de travailler à perte si les charges ne suivent pas. Le calcul tient en trois temps.
- Le coût complet de la main-d'œuvre : salaire brut et charges patronales pour un salarié, rémunération et cotisations pour toi. Pas le net.
- Les frais fixes annuels : véhicule, outillage, assurances, téléphone, comptable, local, logiciels, formation. Tout ce qui sort du compte même un mois sans chantier.
- Les heures réellement facturables, et c'est là que tout se joue. Pas 1 607 heures. Enlève les congés, les jours fériés, les déplacements, les devis, la paperasse, les allers-retours chez le fournisseur, les SAV. Il reste souvent entre 1 100 et 1 300 heures.
Additionne les deux premiers, divise par le troisième : tu obtiens ton coût de revient horaire. Ton taux de vente, c'est ce coût plus ta marge. La marge n'est pas un bonus, c'est ce qui paie le prochain camion et les mois creux.
Les fournitures
Un coefficient sur le prix d'achat, pas une marge dans le vide. Les fourchettes couramment pratiquées vont de 1,15 à 1,3 sur du matériel standard, et montent au-delà sur les pièces spécifiques ou difficiles à approvisionner.
Ce coefficient ne couvre pas seulement ta marge : il paie le temps d'aller chercher, le stock qui dort, la casse, les retours, l'avance de trésorerie quand le fournisseur est payé à 30 jours et le client à la réception. Un artisan qui répercute le prix d'achat au centime près travaille gratuitement sur toute la partie fourniture.
Ce qu'on oublie et qui se paie ensuite
- L'évacuation des déchets. Benne, transport, dépôt en déchèterie. Ce n'est pas optionnel : le devis doit de toute façon en parler (la mention déchets).
- La protection et le nettoyage. Bâches, ruban, aspirateur de chantier, remise en état. Sur un chantier en site occupé, c'est une demi-journée qui n'apparaît nulle part.
- L'installation de chantier. Échafaudage, accès, alimentation électrique, stockage.
- Les déplacements. Deux allers-retours par jour sur vingt jours de chantier, ce n'est pas du détail.
- Les reprises après passage d'un autre corps de métier. Rebouchage, raccords de peinture, finitions.
Une partie de ces postes se déduit mécaniquement de ce que tu as chiffré. Tu déposes des cloisons ? Il y a des gravats. Tu poses un revêtement ? Il y a une préparation du support. Ce sont des implications, pas des suppositions : on peut les écrire une fois et les appliquer à chaque devis.
L'erreur qui ne se voit pas : la quantité à 1
Le défaut le plus coûteux qu'on ait mesuré en construisant Keymat : une réhabilitation de 233 m² chiffrée 1 092 €. Vingt lignes sur vingt-deux étaient à la quantité 1. Le devis avait l'air complet — bonnes désignations, bons prix unitaires, tous les lots présents. Il chiffrait le prix d'un mètre carré de tout.
Une quantité manquante ne crie pas. Un prix unitaire faux se repère, un total absurde aussi ; une quantité à 1 sur une ligne qui devrait en porter 38 se glisse au milieu de vingt autres lignes correctes.
La parade est simple : relis les quantités avant les prix. Une ligne dont la désignation couvre une pièce entière, un étage ou un bâtiment et qui affiche une quantité de 1 est une anomalie, pas un résultat.
Écrire les quantités de façon défendable
« 38 m² » tout seul n'est pas défendable devant un client qui conteste. « 38 m² relevés sur le plan du rez-de-chaussée » l'est. « Murs du séjour : 36,9 m² au sol × 2,92 m de hauteur, moins les ouvertures » l'est encore mieux.
Écrire l'hypothèse à côté de la quantité paraît contre-intuitif — on donne au client de quoi discuter. C'est exactement l'inverse qui se produit : une quantité qui montre son calcul se conteste sur un point précis, se corrige en deux minutes, et le reste du devis n'est plus remis en cause. Un chiffre nu, lui, fait douter de tout le document.
Un chiffre faux coûte plus cher qu'un chiffre absent
C'est le principe qu'on a mis au-dessus de tout le reste en construisant l'outil. Une ligne à 0 € se voit et se corrige. Un mauvais prix se signe — et un devis accepté t'engage à ton prix. Celui qui a signé 90 000 € pour 400 000 € de travaux exécute à 90 000 € ou négocie un avenant que le client peut refuser.
Ça vaut pour toi comme pour n'importe quel logiciel de devis : entre proposer quelque chose et dire qu'on ne sait pas, c'est la seconde branche qui gagne.
Ce que Keymat fait du chiffrage
Chaque ligne dit d'où vient son prix : ton tarif, une référence sourcée, ou « à confirmer ». Tes prix passent devant tout le reste dès que tu en enregistres un — et tes anciens devis, en photo, en PDF ou en tableur, peuvent servir à constituer ta bibliothèque au départ. Sur un dossier de plans, les quantités sont calculées et affichent leur hypothèse. Quand rien ne permet de chiffrer, la ligne sort marquée plutôt que remplie au hasard.